Foot français : l’horizon féminin ?

8 mars 2016

Fond

Aujourd’hui, c’est la journée internationale des droits de la femme. Des droits de la femme. Une journée de la femme n’a pas de sens, tous les jours on célèbre la journée de l’homme, et de la femme.

Des droits donc, mais aussi du devoir de la société toute entière de voir une parité affirmée, partout, notamment dans le sport. Car non, malgré ce que l’on peut parfois affirmer, la situation dans le sport et dans le football n’est pas un modèle. Et ce n’est pas faire revenir Roselyne Bachelot au sport qui va faire changer les choses.

Société, culture, clichés

Quel est le problème de la pratique et plus largement de l’image du football chez les jeunes femmes ? Rassurons nous d’abord, dans le sport en général, la situation est bien meilleure qu’il y a quelques décennies, et les clubs présentent de plus en plus souvent une équité essentielle.

En Allemagne par exemple, l’éducation a été modelée dans une logique de pratique de l’activité culturelle et sportive soutenue (les cours finissent à maximum 14h pour favoriser ces activités). De plus en plus, les parents considèrent désormais de la même manière le fait d’envoyer leur fille ou leur garçon faire de la musique et faire du sport. Mais la France est en retard. Et le football encore plus.

Déjà, le foot souffre, encore et toujours, de son image. Pour les jeunes n’ayant pas de « passion » sportive innée, les parents s’orientent difficilement vers le ballon rond, accentués par un sexisme ancré dans la société ; qui n’a jamais entendu des parents parler de « sport de valeurs » que ne représenterait pas le football, a contrario du rugby ou du handball par exemple. On voit bien que ce genre de discours ne provient pas de gens qui connaissent l’atmosphère d’un club de football amateur.

Evidemment, il ne faut pas se faire à tout prix l’avocat d’un football loin d’être exemplaire dans les moyens mis en place. Si certaines filles ou femmes hésitent ou se refusent à rejoindre un club de foot, c’est aussi parce que les conditions n’y sont pas idéales pour découvrir/pratiquer le foot. Difficile de trouver des clubs amateurs où l’on peut trouver une équipe de fille à chaque catégorie d’âge.

On se gargarise de trop peu de progrès

La fédération française a notamment pris conscience de cette nécessité de développer le foot féminin en amont mais l’image est assez trompeuse par rapport aux moyens donnés. Même dans le football pro, la question reste tabou (pourquoi d’ailleurs?). En témoigne le bordel provoqué par l’arrivée successivement d’Helena Costa puis Corinne Diacre pour entraîner Clermont. Autant de bruit pour l’entraîneuse de Clermont ? Soulignons le progrès, puis passons à autre chose. Basta.

Les performances de l’OL féminin ont permis un essor du football français, talonnée par le PSG. L’équipe de France aussi, qui figure parmi la brochette d’équipe « potable » au sens de la compétitivité dans le circuit international, sans pour autant faire lever les foules : seul W9 a péniblement acheté les droits des matchs de l’équipe de France féminine pour les années à suivre et les audiences ne sont pas toujours au rendez vous.

Des points positifs il y en a donc, certes, mais il en faut beaucoup plus, toujours plus.

Plus la fédération accordera de moyens à la formation, à la construction d’une identité française du football féminin, plus le nombre de licenciées augmentera au vu de l’amélioration des qualités d’accueil (croyez-le, vous même ne voudriez pas vous inscrire ou inscrire une fille de votre famille dans certains clubs au vu de l’image de l’équipe féminine que l’on en fait).

Ce n’est pas tout. Au vu de la faible médiatisation le nombre de frasques « féminines » paraît pour l’instant dérisoire à côté de celui des hommes.

L’effort de l’image est à faire concernant les footballeurs, certes ; mais plus la société française (qui généralement s’exprime à tort et à travers sur des sujets qu’elle ne connaît pas) accordera de l’importance aux frasques des homologues masculins, plus la surmédiatisation s’accentuera et cette impression des footballeurs mal éduqués, avides et anti-modèles pour les jeunes se renforcera et ne fera que ruiner les efforts fait pour la formation et le recrutement des garçons ET des filles.

L’effort est à faire côté masculin, côté médias et société, côté formation et fédération. Effectivement, ça fait beaucoup.

Ah, et aussi, arrêtons la fixette sur Laure Boulleau ou Louisa Necib. Pourquoi ? Parce qu’on a l’air aussi cons que les filles avec Beckham et Ronaldo.

Un manque sur les plateaux télé

L’image est aussi un pilier essentiel pour faire décoller le phénomène.

On a pu assisté depuis une décennie à l’augmentation des femmes à l’écran ; cet effort ayant eu pour but de féminiser le traitement du football, tant réservé aux hommes. On a ainsi pu voir l’installation de Marie Portolano, Marina Lorenzo ou Astrid Bard sur Canal + ; Estelle Denis sur M6 puis D8 ; Carine Galli sur M6 ; Anne-Laure Bonnet ou Margot Dumont sur Bein. Cette augmentation du nombre de femmes ne doit pourtant pas masquer la toujours faible proportion de femmes couvrant le football en France.

Surtout, et à l’évocation de ces noms, un problème ressort très rapidement. Toutes ces journalistes, compétentes dans le domaine du football, sont cantonnées au rôle de faire-valoir, de simple intervieweuse ou de présentatrice. Il ne leur est pas offert la possibilité de traiter du football de manière plus technique, sur le fond, en endossant le rôle de vrai expert ou de consultant. On leur préfère souvent d’anciens footballeurs à l’accent du sud, particulièrement mauvais dans l’analyse, appréciant le « dépassement de fonction » et « l’aspect taquetique et tequenique » du football. Tapez vous un Elie Baup, un samedi soir devant le Multiligue 1 de Bein Sport et pensez à ce que vous venez de lire. Seule Astrid Bard semble tenir la dragée haute aux hommes avec son solide « Enquêtes de foot », émission de reportages en immersion sur des thématiques autour du football.

Un changement de point de vue indispensable

A partir de ces faits, il semble que la question d’un semblant de parité homme-femme dans le domaine médiatique du football soit à envisager. Les femmes peuvent elles-aussi avoir une connaissance profonde du football, si tant est qu’on leur donne la possibilité et les éléments de se développer et de s’exprimer dans cette optique, à l’instar des hommes. On peut avoir le sentiment qu’on force le recrutement des hommes, afin d’éviter à tout prix les femmes même qualifiées, ce qui fait perdre aux analyses de leur qualité, tant on embauche n’importe qui. On a bien vu Xavier Gravelaine consultant sur France Télévision.

La discussion autour du football masculin n’est pas réservée aux hommes et ne doit pas l’être : il faut intégrer plus de femmes, c’est une certitude. Cette évolution souhaitée doit s’accompagner d’une refonte de la politique des pouvoirs publics quant à l’accès, dès le plus jeune âge, à la pratique de tous les sports pour les filles. Également aux fonctions d’encadrement des clubs et des administrations sportives (FFF et LFP), qui manquent cruellement d’un regard féminin pouvant leur apporter un second souffle.

Par contre, s’il faut leur expliquer le hors-jeu, on n’est pas sorti.

Croc&forme |
JeremSport |
pronocloque |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Lesgazellespompignacaises
| Edgar, le gamin qui roule
| Elevage Arbor