L’art de la langue de bois

27 mars 2016

Fond

 Le foot est un sport, mais aussi une communication tout autour. Et on le sait, les footeux sont pas connus pour être les plus futés dès qu’il s’agit de s’exprimer. Conférences de presse, interviews, réactions d’avant, de pendant ou d’après-match : la langue de Molière et le sophisme en prennent un sacré coup. Laissant surtout place à une belle langue de bois.

Débilité ou formatage ?

On relève tout de suite que, depuis quelques années, le vocabulaire lors des interviews est à un niveau très bas ; pour ainsi dire, il tourne en rond. Deux facteurs permettent d’expliquer le pourquoi du comment : il faut bien l’avouer, le faible niveau de formation des footballeurs, même si il est fréquent d’entendre que certains n’ont pas totalement arrêté leurs études pour sécuriser leur avenir. Mais ce n’est pas le DEUG de Boumsong qui va nous rattraper ça. En effet, c’est seulement depuis une dizaine d’années que les centres de formations ont décidé de donner une importance aux études, à l’égal du talent intrinsèque du joueur. Le deuxième facteur, c’est le formatage des joueurs, qu’on coach à ne rien laisser paraître. La surmédiatisation fait qu’aucun joueur ne veut prendre de risque, sous peine de voir ses propos déformés ou utilisés contre lui ou son club. Les Christophe Jallet se font extrêmement rares.

Mais il faut ajouter à cela l’incapacité des joueurs à parler football, du jeu. Certains joueurs ont un sens tactique proche du coaching de Guy Lacombe, et ne sont tout simplement pas aptes à parler football. Gourcuff ferait un super analyste (Virez Dominique Armand et Elie Baup ; ou Luis Fernandez, oui il y a du ménage à faire) et pourtant on se rend compte qu’il est l’un des seuls à pouvoir le faire. Il faut aussi le souligner : le footeux est dans une bulle : il n’a pas vraiment envie de se décarcasser pour expliquer clairement ce qui va ou ne va pas pour les téléspectateurs.

 

Mais aussi et surtout, l’exemple n’est pas donné par les coachs ou les présidents : et c’est tout le football qui voit sa communication cadenassée. La parole, des joueurs aux dirigeants est verrouillée, ayant pour but d’éviter tout écart.

 

 L’émergence d’une problématique : les réseaux sociaux

 

Si la communication du joueur, en tant que salarié de son club est cadenassée ; celle du joueur en tant qu’individu ne l’est pas encore. Avec l’émergence des Facebook, Twitter, Periscope et autres Snapchat, on assiste à une accentuation des « hors contexte », hein Serge ?. Adam Ounas qui insulte Ben Yedder (en même temps y a vraiment quelqu’un qui kiffe le Téfécé dans ce bas monde ?) ou Maoulida qui répond à SuperSub. Autant de problèmes que les clubs devront gérer et apprendre à l’avenir.

Mais les réseaux sociaux restent aussi le seul moyen pour les footeux de se sentir un peu plus proches des pros : il est en effet de plus en plus difficile en tant qu’individu lambda de leur décrocher un mot à la sortie de l’entraînement, et, arrivé chez lui, le joueur a tendance à se sentir plus en confiance, même lorsqu’il faut parler du job. Voilà comment les dérapages arrivent vite, ce que regrettent les clubs : en témoigne les fameuses clauses de « bon comportement » qui sont apparemment plus que fréquentes dans les contrats.

 

Reste à espérer que, passé outre la wag de Digne ou le plat de pâtes de Ribéry, on pourra à l’avenir voir arriver sur les plateaux ou en interview des joueurs plus décontractés et sachant délivrer une analyse correcte et moins formatée qu’à l’heure actuelle. N’est pas Jérémy Berthod qui veut. Par contre, par pitié, plus de demandes en mariage.

 

 

Top 10 des expressions langue de bois

 

1) « A nous de faire ce qu’il faut » : oui le joueur sait qu’il doit faire. Mais quoi ? Ça il ne le sait pas.

 

2) « La moindre erreur on la paye cash » : bah oui mon con, t’es pro, en face c’est Jimmy Briand qui prend la balle et file au but.

 

3) « On doit faire / On a fait/ le dos rond » : expression qui explique bon nombre de hold-up.

 

4) «  On doit être/ On a été vigilant » : celle-ci complète la numéro 3, on s’approche du kit complet du 0-0.

 

5) «  C’est un bon point pris » : c’est la variante du « quand on ne peut pas gagner, il faut savoir ne pas perdre » ; phrase de naze qui joue les nuls à chaque matchs.

 

6) « Une très bonne équipe de [insérez le club moisi] en face » : même si c’est Carquefou en face hein…

7) « Ils peuvent être dangereux sur les contres » : alors qu’il y a 6-0 à la mi-temps

 

8) « Pas relâcher les efforts » : la phrase de la lanterne rouge à 10 journées de la fin qui compte 25 points de retard sur le premier non-relégable.

 

9) « Le maintien n’est pas encore assuré mathématiquement » : réplique des clubs de la 7ème à la 17ème place : ventre mou, on a pas le même maillot mais on a la même passion !

 

10) « Le projet de jeu m’a intéressé » : spéciale quand je signe dans un club pété, mais qui vient d’être racheté par un gars qui me paye 15 millions par an.

 

Le bonus spécial mercato : « il a visité les installations ».

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